Posséder un objet connecté, qu'est-ce que ça veut dire ?

Posséder un objet connecté

Ce que tu possèdes te possède

Ce que tu possèdes te possède : l’idée bouddhiste n’a jamais été aussi vraie que dans le cas des objets connectés. Que possédons-nous lorsque nous achetons un smartphone, un frigo connecté, un ebook sur Kindle ? L’objet connecté est en train de tuer l’idée de propriété.

Revenons un peu en arrière. En 2014, après le rachat de Revolv par Nest, les propriétaires du hub domotique Revolv ont la désagréable surprise d’apprendre que leur hub va être déconnecté par Nest. La société a décidé d’arrêter de s’occuper de la solution, et le petit boîtier cessera de fonctionner définitivement lorsque Nest l’aura décidé. Légalement, aucun problème : le matériel n’est plus sous garantie, et les acheteurs ont accepté les conditions d’utilisation. Mais de la théorie à la pratique, il y a un pas : la grogne monte chez les propriétaires d’un Revolv, qui ont l’impression que Nest est venu débrancher leur matériel chez eux. En achetant un hub Revolv, que possédaient-ils ? Une boîte de houmous, répond Arlo Gilbert. Rien de plus qu’un service qui pouvait être arrêté du jour au lendemain, sans qu’on puisse le remplacer.

Qu’achetons-nous vraiment ?

Nous sommes tous plus ou moins conscients de dépendre du bon vouloir des entreprises qui nous fournissent des services. Mais c’est autrement plus choquant lorsque ces entreprises nous vendent un objet physique qu’elles peuvent rendre inutilisables du jour au lendemain, ou qu’elles limitent l’usage de ces objets. Apple a récemment déposé un brevet pour une technologie infrarouge qui rendrait inutilisable l’emploi de ses appareils pendant les concerts, la sonde colorimétrique Colormunki ne peut être utilisée que sur l’ordinateur de son propriétaire… Le droit de propriété se transforme peu à peu en droit d’usage dont les conditions sont spécifiées par les Conditions générales d’utilisation. Mais revenons au point de départ : au moment où nous effectuons l’achat, que possédons-nous ?

La plupart du temps, nous achetons deux choses différentes : un objet concret, que nous possédons vraiment, sur lequel tourne un programme qui en fait tout l’intérêt. Bien sûr, on peut utiliser son hub Revolv pour caler une étagère, mais ce n’est pas précisément l’usage que nous avions en tête quand nous l’avions acheté. Sans ce programme, notre objet ne nous apporte rien de plus qu’un objet classique. Mais achetons-nous vraiment le programme associé, ou seulement le droit de l’utiliser ?

Les sociétés qui vendent des programmes s’engagent à bien plus que les sociétés qui vendent un objet physique : un programme doit être maintenu, mis à jour, notamment en termes de sécurité. Un grille-pain n’a pas besoin de l’être. Si une entreprise qui fabrique des grille-pains ferme, votre grille-pain continuera à fonctionner. Si l’entreprise qui développe le logiciel ferme, le logiciel pourra continuer à fonctionner mais les services associés disparaîtront : plus de mises à jour, plus de cloud, plus d’analyse, parfois même plus de fonctionnement lorsque l’objet a besoin d’être en permanence connecté à un serveur. C’était le cas de Revolv.

Libérer le logiciel pour libérer l’utilisateur

Certes, tout cela est inscrit dans les conditions générales d’utilisation, que personne ne lit. Mais pour la plupart d’entre nous, acheter un objet équivaut à le posséder. Sait-on clairement et sans ambiguité qu’un ebook acheté sur Amazon ne peut être lu que sur un Kindle ou l’appli Kindle d’Amazon ? Est-on conscient qu’en achetant une sonde colorimétrique Colormunki, on ne pourra l’utiliser que sur un seul ordinateur ? Voilà ce que devrait vouloir dire « posséder » un objet connecté :

  • je possède le matériel. Je l’utilise comme bon me semble : si j’achète une pelle numérique, je dois pouvoir la prêter à mon voisin sans être limité dans mon usage.
  • le programme sur lequel tourne mon objet doit être pérenne, et indépendant du bon vouloir de la société qui le produit. Le matériel ne doit pas être inutilisable sans le programme. La seule solution : ouvrir le code ou laisser la possibilité d’installer du code ouvert. Mon frigo ne cesse pas de marcher si la société ferme, mon programme non plus.
  • l’usage de cet objet ne doit pas conditionner le reste de mes usages : il doit être compatible avec le reste de mon équipement. Je n’ai pas besoin d’un adaptateur pour brancher mon aspirateur.

Et lorsque l’objet en question fait tourner du logiciel libre, c’est effectivement le cas ! Une entreprise qui développe du logiciel libre ne peut pas décider unilatéralement d’arrêter son service, puisque le logiciel en question pourra être maintenu par la communauté, être forké, amélioré, adapté. Le logiciel libre est au service de son utilisateur/trice : il ne limite pas ses possibilités, il ne fait rien contre son gré, il ne l’enferme pas dans un système propriétaire.

Voilà pourquoi le choix du logiciel libre nous paraît aujourd’hui incontournable chez Cozy Cloud. Nos utilisateurs et utilisatrices ne doivent pas être enfermés dans un système qui les prive de leur autonomie. Vos données vous appartiennent, et votre Cozy aussi !