Qui de nous deux espionne l'autre ?

Digital home, sweet digital home

La vie privée, c’est dépassé ?

On entend décréter cent fois par jour la fin de la vie privée. Google, Facebook, Amazon, Microsoft en savent aujourd’hui plus sur nous que nos parents ou nos meilleurs amis grâce aux informations qu’ils collectent sur nous en stockant nos mails, nos fichiers, nos photos, en analysant nos interactions et notre activité sur Internet. Allons même plus loin : nos données personnelles sont le carburant des services numériques les plus populaires. Sans données personnelles, pas de Google Agenda pour vous rappeler vos rendez-vous, pas d’interactions avec vos amis sur Facebook. Qui peut bien vouloir défendre la vie privée ? Certainement pas les entreprises dont le modèle d’affaires se fonde sur la collecte des données personnelles et le profilage de leurs utilisateurs pour leur vendre de la publicité ciblée. Certainement pas les États, qui se donnent les moyens d’espionner l’activité en ligne des citoyens sous prétexte de les protéger.

Après tout, si vous n’avez rien à cacher, pourquoi s’affoler ? vous diront les services de l’État. Pas sûr que l’argument porte : les Français·e·s sont de plus en plus méfiant·e·s vis-à-vis de la surveillance en ligne. Du côté des entreprises, Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, n’hésite pas à affirmer que la vie privée est un concept dépassé, et Eric Schmidt, l’ancien CEO de Google, explique que si vous faites quelque chose que vous préféreriez garder secret, peut-être que vous ne devriez pas le faire… Leur argumentaire repose sur une confusion classique : ce que l’on veut garder secret, c’est ce dont on a honte. Si c’est honteux, c’est mal.

On a tous quelque chose à cacher… et heureusement !

Arrêtons-nous un instant : quelle société est assez homogène pour que les comportements de tous et toutes ne posent de problèmes à personne ? On peut être très à l’aise à l’idée d’avorter, mais savoir qu’on risque d’être jugée là dessus. Je peux avoir des griefs contre mon gouvernement, envie de protester ou même de réfléchir à des solutions alternatives sans avoir envie d’être fiché·e pour cela. Je peux, tout simplement, avoir envie de mettre des rideaux à mes fenêtres et un loquet à mes toilettes sans que ce que j’y fais ne soit illégal.

Croire à la fin de la vie privée a de nombreuses implications. C’est croire, très caricaturalement, que l’Histoire est finie, qu’il n’y aura plus ni conflits ni évolutions des mœurs ou révolutions – sinon, comment s’étonner qu’on puisse vouloir réfléchir et échanger en toute discrétion ? C’est croire qu’il n’y a plus aucun sujet de controverse entre les gens – à ce compte-là, nous devrions peut-être supprimer les isoloirs et le secret du vote. Mark Zuckerberg, si peu soucieux de la vie privée des autres, ne s’est pourtant pas privé d’acheter quatre maisons autour de la sienne pour garantir… sa vie privée. Une photo des locaux de Facebook révélait également que la webcam et le micro de son ordinateur étaient couverts d’un morceau de scotch pour éviter tout espionnage à son insu et protéger… sa vie privée, à nouveau.

Garantir la vie privée des internautes doit redevenir une valeur phare des entreprises. La surveillance modifie nos comportements, nous pousse à l’autocensure : la consultation des pages sensibles de Wikipédia a significativement baissé après les révélations d’Edward Snowden. Comment laisser libre cours à sa créativité quand on sait que chacune de nos erreurs sera enregistrée, et soigneusement consignée sur les serveurs des GAFAMs ou dans les registres des États ? La confidentialité de nos réflexions et de nos échanges est la condition sine qua non à l’émergence de réflexions qui vont contre l’ordre établi :

Et hors d’Internet ?

Sortons d’Internet une minute. Qu’est-ce qui, dans notre quotidien, garantit notre vie privée ? L’État a tout loisir d’installer des caméras à tous les coins de rue, rien n’empêche mon voisin de bus d’écouter ma conversation… Le seul lieu au sein duquel ma vie privée est garantie, c’est mon domicile. J’y suis protégé·e par des murs, des rideaux, une barrière si je le souhaite. Ma porte ferme à clef. J’y suis aussi protégé·e par la loi : personne n’a le droit de rentrer chez moi sans y être invité, sous peine de commettre une effraction de domicile. Même la police n’a pas le droit d’entrer chez moi en dehors de certaines heures spécifiques (quoi que ce soit de moins en moins vrai sous l’État d’urgence). Personne, ni particulier ni officiel, n’a le droit d’installer un quelconque matériel de surveillance ou d’observation à mon domicile. J’ai le droit de mettre dehors – et sans sommation – toute personne dont la présence m’indispose. Mon domicile, c’est mon espace de liberté et de confidentialité : ni surveillance, ni pression, ni présence non-désirée.

La solution : un domicile numérique

Il est temps de transposer les avantages du domicile physique à nos vies numériques. Chaque individu doit pouvoir disposer d’un domicile numérique qui lui procure exactement le même confort :

  • être le seul à pouvoir accéder aux données qui y sont.
  • pouvoir contrôler tous les accès qu’il a autorisés, et les révoquer si besoin
  • pouvoir y stocker ce qu’on veut, en sachant qu’on est à l’abri des regards extérieurs

Ce domicile n’a pas seulement vocation à protéger notre vie privée. Le besoin d’un domicile numérique se fait plus pressant à mesure que nous déléguons les prises de décisions de notre vie quotidienne à des algorithmes qui se nourrissent de nos données personnelles. Estimation d’une assurance, contrôle de notre domotique… Celui qui contrôle les données personnelles sera amené à contrôler les décisions qui ont un impact important sur notre vie. Une seule solutions : rapatrier nos données personnelles pour récupérer notre souveraineté numérique, et les sanctuariser au sein d’un domicile numérique. C’est ce que nous souhaitons faire chez Cozy Cloud : offrir aux individus un espace personnel, respectueux de leur vie privée.