La surveillance de masse est toxique pour nos libertés : la preuve !

Alors que la surveillance des citoyens est en train de s’imposer (avez vous suivi les dernières révélations de Wikileaks ?), cela suscite un débat autour de la question : en quoi est-il gênant d’avoir de la surveillance de masse ? La réponse est simple : parce quand on se sait surveillé, on se conforme à la norme, on n’ose plus s’exprimer, penser ni agir de peur d’être jugé.

Pour démontrer ceci, je pourrais vous renvoyer à la lecture (fastidieuse mais nécessaire) de Michel Foucault, philosophe français et auteur de Surveiller et punir, l’ouvrage de référence sur ce sujet. Mais d’autres auteurs, américains, l’expliquent très clairement (surtout après traduction ;-) ) par exemple Glenn Greenwald, dans une conférence TED très justement intitulée Why privacy matters (sous-titres disponibles, ainsi qu’une transcription en français).

En voici un extrait :

« Il y a une raison pour laquelle l’intimité est si importante pour tous et de façon instinctive […] : quand nous sommes surveillés, écoutés, notre comportement change du tout au tout. […] Une société dans laquelle les gens peuvent être surveillés à tout moment est une société qui pousse à la conformité, l’obéissance et la soumission, et c’est pourquoi tous les tyrans recherchent un tel système. À l’inverse, et c’est plus important encore, c’est uniquement dans le cadre de la vie privée, de l’intimité, quand nous avons la possibilité d’aller quelque part où nous pouvons penser, raisonner et interagir sans le jugement ni le regard des autres, que nous pouvons explorer, être créatifs et exprimer notre dissidence. C’est pourquoi, si nous acceptons de vivre au sein d’une société dans laquelle nous sommes surveillés en permanence, nous acceptons de fait que l’essence de la liberté humaine soit complètement bridée. »

Glenn Greenwald conclut ainsi :

« La surveillance de masse crée une prison dans l’esprit qui est bien plus subtile mais bien plus efficace pour favoriser la conformité aux normes sociales, bien plus effective que la force physique ne pourra jamais l’être. »

Le Monde et Reuters rapportent une étude scientifique d’avril 2016 intitulée Chilling Effects: Online Surveillance and Wikipedia Use (“Effets dissuasifs : surveillance en ligne et utilisation de Wikipédia”) qui confirme — données à l’appui — la tendance à s’auto-censurer quand on se sait potentiellement sous surveillance.

L’étude porte sur l’évolution de l’audience de Wikipédia US, plus particulièrement sur les pages dont le contenu est lié au terrorisme et suivies par le ministère de l’intérieur américain, comme “Djihad”, “Al-Qaeda”, etc, sur une période de 32 mois. Ces pages, portant sur des sujets d’actualités, étaient de plus en plus fréquentées, jusqu’au moment des révélations Snowden, qui ont médiatisé le fait que la NSA surveille les communications en ligne autant qu’elle le peut. À ce moment-là, l’audience des dites pages a baissé de façon très significative (2,7 millions de visites mensuelles avant les révélations Snowden, 2,2 millions, soit 500 000 visites en moins), lors des mois qui ont suivi. Le graphique est éloquent :

Chilling-effects-Snowden-Wikipedia.png

Les pages Wikipédia liées au terrorisme sont de plus en plus visitées jusqu’au moment où Snowden révèle la surveillance de masse par la NSA. Alors, la fréquentation de ces pages, pourtant légale, baisse dramatiquement

Ainsi, même sans que nous en ayons conscience, le fait d’être potentiellement surveillé fait que nous hésitons à nous renseigner sur certains sujets d’actualité, même si s’informer est légal et même sain pour la démocratie. En cette période de fake news et de « faits alternatifs », il est essentiel de se tenir au courant des faits. Mais comment le faire si, inconsciemment, nous redoutons de consulter Wikipédia ?

Voilà pourquoi il est fondamental de combattre la surveillance de masse et de s’en protéger. Cette surveillance est rendue possible par les nouvelles technologies numériques, mais notre usage de ces technologies peut la faciliter. En effet, surveiller l’ensemble des communications est bien plus simple et moins coûteux lorsque tout le monde stocke ses données au même endroit, dans quelques services centralisés, lorsque tout le monde utilise les mêmes outils de communication. Un réseau sans centre, sans points de passages obligés, est beaucoup plus difficile à espionner. Vouloir redécentraliser le réseau, c’est aussi s’opposer au panoptique, recréer des endroits où nous serons protégés du regard de Big Brother, à nouveau libres de penser et de nous exprimer. C’est l’un de nos objectifs chez Cozy : nous comptons bien apporter notre pierre à la construction d’un monde où la surveillance de masse serait presque impossible car trop couteuse, et les libertés préservées.