Décider du futur numérique que l'on veut

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Je suis tombé récemment sur la photo ci-dessus, qui date de 1997 ou 1998 où l’on voyait un de mes ordinateurs de l’époque (PC de bureau, beige, avec un écran cathodique) qui faisait tourner le vénérable navigateur Netscape. J’ai eu une bouffée de nostalgie. Ah, 1998… Wikipédia n’était pas encore née, et un moteur de recherche venait tout juste d’être créée à Mountain View, Californie. Il s’appelait Google. Le Web était une promesse formidable, celle où chacun pourrait publier son propre site, où l’on commençait à imaginer l’e-commerce. Le monde découvrait l’Open Source avec justement l’annonce de Netscape de libérer son code source au sein d’un projet appelé Mozilla (qui nous donna Firefox). GNU/Linux était encore un poil difficile à utiliser, mais l’années prochaine, c’était sûr, serait l’année ou Linux gagnera des parts de marché sur les PC de bureau. On imaginait que dans le futur, tout le monde comprendrait l’informatique parce qu’on serait né avec. Une informatique libre et libératrice, où chacun serait connecté avec ses proches grâce aux listes de diffusion ou les newsgroups.

Vingt ans plus tard, des tas de choses inimaginables sont devenues la norme, des objets et services du quotidien dont on n’envisage plus se passer. Le petit Google est passé du statut de curiosité innovante à celui de géant qui sait tout de nous : ce à quoi on pense (Search), à qui on écrit (GMail), avec qui on a rendez-vous (Calendar), à qui on téléphone (Android), notre position GPS en permanence (Google Maps), la température à la maison (Nest), notre historique de navigation, nos mots de passe Web (Chrome) et bien d’autres choses dont la liste est bien trop longue pour tenir ici.

Avec le temps, on ne parle plus d’informatique mais de “Digital” (alors qu’on devrait dire “numérique”, le mot “digital” signifiant “en rapport avec les doigts”). On pensait que le numérique nous libérerait ? Il n’en n’est rien. Il suffit de se faire éjecter de son compte Gmail ou Facebook pour réaliser que nous n’avons pas les clés de nos vies devenues de plus en plus numériques. L’arrivée d’Amazon Echo et de Google Home ne va faire qu’empirer les choses. Tous les services — souvent gratuits — offerts par les géants de l’Internet sont destinés à deux choses : devenir indispensables et collecter nos données pour nous afficher de la publicité ciblée. On reprend le business model de TF1 (« vendre du temps de cerveau disponible à Coca Cola », disait son patron Patrick Le Lay) et on l’applique à chaque internaute, chaque possesseur de smartphone. Nous ne sommes pas les clients des de Google et de Facebook, nous en sommes la matière première.

Pour chacun de nous, Facebook et Google sont des chevaux de Troie, des pièges déguisés en cadeaux. Avec l’extension des services à des appareils qui capturent nos données, comme les smartphones ou des enceintes intelligentes, c’est pire encore : ce sont des chevaux de Troie qu’on achète. Comme les troyens, mais en moins intelligents, puisqu’on achète à prix d’or des appareils qu’on porte sur soi ou qu’on installe dans son salon pour qu’ils capturent nos données personnelles.

Je ne crois pas qu’il faille non plus laisser tomber nos ordinateurs et nos smartphones. Par contre, il est urgent de prendre conscience que nous devenons ultra-dépendant des géants de l’Internet.

Pour les informaticiens, hackers et libristes, il est temps de créer des alternatives aux services centralisés, des endroits sûrs où mettre nos données personnelles. C’est ce que nous faisons chez Cozy Cloud : un nuage personnel, un domicile numérique où chacun peut stocker ses données, récupérer celles qui sont détenues par des tiers par un mécanisme de connecteurs, avec en plus la possibilité de faire tourner des applications qui utilisent ces données personnelles.

Le numérique est véritablement en train de changer la société dans laquelle nous vivons. Il change nos emplois, notre manière de communiquer, le lien entre les humains. Assurons-nous qu’il ne réduise pas nos libertés mais qu’il soit au contraire au service de l’humain.

Sachons prendre du recul face aux géants de l’Internet, et construisons le futur que nous voulons, pas celui qu’ils voudront bien nous laisser. Pour cela, plusieurs moyens d’agir :

  1. Inscrivez-vous pour bénéficier d’une version bêta de Cozy (qui arrive dans quelques jours)
  2. Participer aux meetups de Cozy pour s’impliquer dans le projet, en particulier pour écrire des connecteurs ;
  3. Postuler à un poste ouvert chez Cozy (car oui, Cozy recrute).

Alors, je peux compter sur vous ?